« Je sais beaucoup mieux ce qu’un ami m’enseigne »

L’idée de la classe mutuelle est née au Lycée Dorian (Paris XI) du constat des limites de l’enseignement frontal simultané tel qu’il est pratiqué dans nos établissements depuis des décennies, sinon des siècles… Cet enseignement fait de l’enseignant l’unique émetteur des savoirs et de l’élève le simple récepteur très souvent passif.

En réalité, l’esprit de la classe mutuelle est déjà bien ancien. Ainsi, au 19ème siècle, l’enseignement mutuel pratiqué dans certaines « petites écoles » faisait des élèves les plus avancés des précepteurs pour les élèves les plus jeunes. La salle de classe était organisée autour de tableaux muraux sur lesquels les élèves travaillaient en groupes comme illustré sur la gravure ci-dessous :

L'enseignement mutuel au 19ème siècle
L’enseignement mutuel au 19ème siècle

Le 19ème siècle a été le théâtre de débats passionnés entre les partisans de l’enseignement mutuel et ceux de l’enseignement simultané. De nombreux intellectuels prirent fait et cause pour l’enseignement mutuel, comme le jeune Victor Hugo qui écrivit sans ménagement :

« Répondez, mes amis : il doit vous être doux,
D’avoir pour seuls mentors des enfants comme vous ;
Leur âge, leur humeur, leurs plaisirs sont les vôtres ;
Et ces vainqueurs d’un jour, demain vaincus par d’autres,
Sont, tour à tour parés de modestes rubans,
Vos égaux dans vos jeux, vos maîtres sur les bancs.
Muets, les yeux fixés sur vos heureux émules,
Vous n’êtes point distraits par la peur des férules ;
Jamais un fouet vengeur, effrayant vos esprits,
Ne vous fait oublier ce qu’ils vous ont appris ;
J’écoute mal un sot qui veut que je le craigne,
Et je sais beaucoup mieux ce qu’un ami m’enseigne ».

Victor Hugo
Premières publications
1819-1820
Discours sur les avantages de l’enseignement mutuel

Pourtant, c’est bien l’enseignement simultané qui deviendra la norme dès 1833 et ce pour des considérations peu pédagogiques. Un enseignement simultané toujours en vigueur actuellement.

Toutes proportions gardées, certains enseignants du Lycée Dorian ont décidé de s’inscrire dans une pédagogie proche de l’enseignement mutuel, de façon à mettre véritablement l’élève au centre des apprentissages et pas seulement les siens.

Une classe mutuelle au Lycée Dorian
Une classe mutuelle au Lycée Dorian

Pour l’année scolaire 2016/2017, dix enseignants de quatre disciplines (SVT, sciences physiques et chimiques, mathématiques et sciences de l’ingénieur) du Lycée Dorian expérimentent cette autre façon d’enseigner et d’apprendre. Au total, ce sont huit classes du lycée qui sont concernées soit plus de deux cents élèves. Deux salles de classes ont été équipées pour travailler en mode mutuel. Une demande de dotation est en cours pour acquérir du mobilier adapté.

La méthode

Le cours est organisé de façon à exploiter au mieux les nouvelles ressources de la classe. Une séance d’une heure trente se décompose généralement en trois séquences :

1/ Une séquence conceptuelle (20 minutes) faite par l’enseignant (e.g. cours polycopié, cours dicté, …). La salle est en configuration « mode simultané » ;

2/ Une séquence mutuelle (50 minutes) avec reconfiguration de la salle en « mode mutuel » avec des tablées de trois, quatre ou cinq élèves, distribution d’exercices. Les élèves peuvent se répartir autour des tableaux en groupe d’environ quatre pour résoudre les exercices ou travailler le cours sous forme de carte mentale par exemple. Ils peuvent aussi décider d’approfondir le cours ou faire des recherches en restant assis. Il y a de la fluidité dans la salle de classe, les élèves sont mobiles et peuvent passer de tables en tables, de tableaux en tableaux. L’enseignant circule dans la salle, vérifie l’avancée du travail et apporte son aide ou met en relation l’élève qui a compris avec celui qui est en difficulté ;

3/ Une séquence bilan (10 minutes). L’enseignant ou un élève commente les tableaux, apporte des corrections. Les tableaux sont ensuite photographiés par les élèves et déposés sur l’Agora du site. Puis la salle est reconfigurée en « mode simultané ».

Quelques avantages de l’enseignement mutuel

En travaillant en classe mutuelle, il est possible de passer beaucoup plus de temps avec des élèves qui rencontrent des difficultés alors que pendant ce temps le reste de la classe est en activité – et en apprentissage. Les élèves qui ont rapidement compris la leçon sont susceptibles de devenir « moniteurs » pour les autres. Une saine émulation se crée. Les « moniteurs » du jour auront peut-être besoin de leurs camarades demain, chaque élève participe, chaque élève a un rôle.

Les tableaux, surfaces d’écriture et d’annotation, facilitent l’interaction et le travail de groupe. De plus, ils offrent une vision synoptique du travail et de son avancée à l’enseignant. Les erreurs sont très vite repérées, de même que les élèves passifs. D’un point de vue général, lorsque l’enseignement est mutuel, les élèves sont plus impliqués, attentifs et valorisés.

La classe mutuelle | Journal de 20 H de TF1 du 5 décembre 2016
La classe mutuelle | Journal de 20 H de TF1 du 5 décembre 2016

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