« Je sais beaucoup mieux ce qu’un ami m’enseigne »

Le principe de la classe mutuelle est né au Lycée Dorian (Paris XI) en 2015 ; il commence à être repris dans d’autres établissements scolaires en France. L’idée de la classe mutuelle part du constat des limites de l’enseignement frontal simultané tel qu’il est pratiqué dans nos établissements depuis des décennies, sinon des siècles… Cet enseignement fait de l’enseignant l’unique émetteur des savoirs et de l’élève le simple récepteur très souvent passif.

En réalité, l’esprit de la classe mutuelle est déjà bien ancien. Ainsi, au 19ème siècle, l’enseignement mutuel pratiqué dans certaines « petites écoles » faisait des élèves les plus avancés des précepteurs pour les élèves les plus jeunes. La salle de classe était organisée autour de tableaux muraux sur lesquels les élèves travaillaient en groupes comme illustré sur la gravure ci-dessous :

L'enseignement mutuel au 19ème siècle
L’enseignement mutuel au 19ème siècle

Le 19ème siècle a été le théâtre de débats passionnés entre les partisans de l’enseignement mutuel et ceux de l’enseignement simultané. De nombreux intellectuels prirent fait et cause pour l’enseignement mutuel, comme le jeune Victor Hugo qui écrivit sans ménagement :

« Répondez, mes amis : il doit vous être doux,
D’avoir pour seuls mentors des enfants comme vous ;
Leur âge, leur humeur, leurs plaisirs sont les vôtres ;
Et ces vainqueurs d’un jour, demain vaincus par d’autres,
Sont, tour à tour parés de modestes rubans,
Vos égaux dans vos jeux, vos maîtres sur les bancs.
Muets, les yeux fixés sur vos heureux émules,
Vous n’êtes point distraits par la peur des férules ;
Jamais un fouet vengeur, effrayant vos esprits,
Ne vous fait oublier ce qu’ils vous ont appris ;
J’écoute mal un sot qui veut que je le craigne,
Et je sais beaucoup mieux ce qu’un ami m’enseigne ».

Victor Hugo
Premières publications
1819-1820
Discours sur les avantages de l’enseignement mutuel

Pourtant, c’est bien l’enseignement simultané qui deviendra la norme dès 1833 et ce pour des considérations peu pédagogiques. Un enseignement simultané toujours en vigueur actuellement.

Toutes proportions gardées, la classe mutuelle s’inscrit dans une pédagogie proche de l’enseignement mutuel, de façon à mettre véritablement l’élève au centre des apprentissages et pas seulement les siens.

Des élèves s’expliquent un cours au tableau

Repenser l’espace de la salle de classe

La classe mutuelle suppose de repenser la salle de classe qui n’est plus polarisée vers le tableau du maître. Les tables peuvent être mises en ilots et des surfaces d’interaction (souvent des tableaux sur les murs) permettent aux élèves d’échanger. La classe devient un lieu de mouvement car les élèves peuvent circuler librement de tableaux en tableaux et de tables en tables…

Une des façons possible de conduire un cours en « classe mutuelle »

Le cours est organisé de façon à exploiter au mieux les nouvelles ressources de la classe. Une séance d’une heure trente peut se décompose en trois séquences :

1/ Une séquence conceptuelle (20 minutes) faite par l’enseignant (e.g. cours polycopié, cours dicté, …) ;

2/ Une séquence mutuelle (50 minutes) durant laquelle, les élèves peuvent se répartir autour des tableaux en groupe d’environ quatre pour résoudre les exercices ou travailler le cours sous forme de carte mentale par exemple. Ils peuvent aussi décider d’approfondir le cours ou faire des recherches en restant assis. Il y a de la fluidité dans la salle de classe, les élèves sont mobiles et peuvent passer de tables en tables, de tableaux en tableaux. L’enseignant circule dans la salle, vérifie l’avancée du travail et apporte son aide ou met en relation l’élève qui a compris avec celui qui est en difficulté ;

3/ Une séquence bilan (10 minutes). L’enseignant ou un élève commente les tableaux, apporte des corrections. Les tableaux sont ensuite photographiés par les élèves et déposés sur l’Agora du site.

Quelques avantages de l’enseignement mutuel

En travaillant en classe mutuelle, il est possible de passer beaucoup plus de temps avec des élèves qui rencontrent des difficultés alors que pendant ce temps le reste de la classe est en activité – et en apprentissage. Les élèves qui ont rapidement compris la leçon sont susceptibles de devenir « moniteurs » pour les autres. Une saine émulation se crée. Les « moniteurs » du jour auront peut-être besoin de leurs camarades demain, chaque élève participe, chaque élève a un rôle.

Les tableaux, surfaces d’écriture et d’annotation, facilitent l’interaction et le travail de groupe. De plus, ils offrent une vision panoptique du travail et de son avancée à l’enseignant. Les erreurs sont très vite repérées, de même que les élèves passifs. D’un point de vue général, lorsque l’enseignement est mutuel, les élèves sont plus impliqués, attentifs et valorisés.

La classe mutuelle | Journal de 20 H de TF1 du 5 décembre 2016